Hanslick, Eduard

Hanslick définit l’idéal de son écriture critique par une anecdote rapportée dans son autobiographie : « Je devais lire à Frankl le manuscrit de mon article sur Schumann ; un passage lui parut obscur. Je cherchai à l’expliquer et à le défendre, mais cela ne lui donna pas satisfaction. Frankl dit après un moment : " quand deux personnes cultivées se disputent pendant un bon quart d’heure au sujet d’une phrase ou d’une expression, il faut qu’il y ait une erreur de la part de l’auteur. " Il avait raison. Je rapportai mon article chez moi, je l’examinai mûrement et le modifiai. Un demi-siècle a passé depuis, mais je n’ai jamais oublié le verdict de Frankl ; il survient instantanément dès qu’une phrase obscure, ambiguë, veut s’échapper de ma plume. » Il faudrait donc retrouver dans ces textes de Hanslick un certain idéal de la presse, n’en déplaise au Karl Kraus qui condamnait le style de la Neue Freie Presse et voyait en Hanslick l’un des acteurs de la « Torture en Autriche ». Les exigences du propos de Hanslick le placent bien au-delà de toute idée de « vulgarisation », bien loin aussi d’un simple journalisme d’opinion. Malgré ses positions tranchées, difficilement acceptables aujourd’hui, on ne pourra que retenir le soin dont fait preuve l’auteur lorsqu’il s’agit d’ancrer un jugement dans l’objet musical précis. Ces textes donnent également l’occasion d’apprécier, loin de tout cliché, la sensibilité de Hanslick au goût français. On pourra lire au regard de ces textes les articles de Robert Zimmermann et Guido Adler, ainsi que les textes de Grillparzer, qu’il estimait beaucoup.

Plus grand critique musical de son temps, Eduard Hanslick (1825-1904) suivit par ailleurs une solide formation en philosophie, notamment auprès de Franz Exner (1802-1853). Bien que l’ensemble de son œuvre soit encore assez largement méconnu et inédit en français, Hanslick fut sans conteste le musicographe le plus important de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, non seulement pour l’espace germanique, mais également pour toute l’Europe Centrale. Praguois d’origine, Hanslick devait s’établir rapidement à Vienne, après un bref « intermezzo » à Klagenfurt. Il devint par la suite une figure importante de la vie universitaire viennoise, notamment grâce aux conseils de son ami Robert Zimmermann [1824-1898]. Mais il fut néanmoins l’auteur de plus d’un millier d’articles de critique dont la qualité stylistique et la finesse prirent la valeur de modèles. Le plus important de ses textes théoriques, Du Beau dans la musique, fut réédité dix fois du vivant de son auteur et connut au fil de celles-ci de nombreuses altérations et variantes. On retrouvera dans ces textes la grande clarté du style de Hanslick, son érudition et son humour authentiquement viennois. Hanslick sut préserver ce style unique, même après être devenu le premier professeur d’Histoire et d’Esthétique de la musique à l’université de Vienne. Les instances dirigeantes de l’Université de Vienne souhaiteront cependant remplacer Hanslick, après son départ à la retraite, par un auteur ayant de la Musikwissenschaft une vision moins littéraire et plus directement scientifique. La « musicologie » viennoise dut alors s’orienter avec Guido Adler vers l’histoire de la musique et les différentes méthodes pour l’étudier, plutôt que vers le présent de la musique et ces tâches chéries de Hanslick qu’étaient la critique musicale (une sorte d’histoire du présent musical) et l’analyse la plus concrète de la réception effective de la musique, noyau dur des réflexions théoriques de l’auteur.

Formesth

Critique de la deuxième Symphonie de Johannès Brahms

Critique du concert de Richard Wagner Ă  Vienne en 1872

Critique de la Neuvième Symphonie de Franz Schubert

Critique de l'exécution viennoise de la suite " Esclarmonde " de Massenet

Critique du " Don Juan " de Richard Strauss

Critique de L'Arlésienne de Georges Bizet